COP30 : l’adaptation passe à l’échelle

À Belém, la COP30 a confirmé la place centrale de l’adaptation dans les négociations climatiques, avec un accent marqué sur le financement des pays en développement pour faire face à des impacts déjà visibles. Dans ce contexte, les Nature-Based Solutions, des approches qui s’appuient sur le fonctionnement des écosystèmes pour réduire les risques climatiques, ont été largement discutées comme un levier clé pour limiter les risques de maladaptation et renforcer la résilience des territoires. En parallèle, l’Océan prend aussi une place importante dans les discussions de la COP : plus de 17 pays ont rejoint le Blue NDC Challenge et s’engagent à intégrer des mesures océaniques dans leurs plans nationaux. Un groupe de travail océanique global, l’Ocean Task Force, a également été lancé sous l’impulsion du Brésil et de la France. Un message traverse ainsi les débats : répondre à des enjeux climatiques globaux passe par des solutions ancrées localement, souvent complexes à concevoir, à financer et à déployer à grande échelle.

L’adaptation au cœur des discussions de la COP 30

Des solutions locales qui protègent déjà les populations mais doivent passer à l’échelle

De nombreuses solutions d’adaptation mobilisées dans les pays vulnérables sont « nature-based » : restauration de mangroves pour réduire l’érosion côtière, zones humides servant de zones tampons naturelles, infrastructures naturelles dans les bassins hydrologiques, agriculture adaptée à la variabilité climatique, etc. Elles sont efficaces, souvent low-tech, et reposent sur des savoirs locaux. Mais elles ne sont pas aisément « scalables » : Leur efficacité dépend de conditions écologiques, sociales et géographiques précises, et leur faisabilité suppose également la réalisation en amont de nombreuses études dédiées. La complexité réside donc souvent dans le passage à l’échelle pour que ces solutions soient standardisées et en mesure d’être répliquées.

Financer l’adaptation : un besoin massif à mieux couvrir

Le Global Mutirão, une initiative majeure de la COP30 lancée par la présidence brésilienne, appelle à tripler les financements d’adaptation d’ici 2035. Cet engagement répond à un constat partagé : l’écart entre besoins réels et financements disponibles reste considérable. Les pays du Sud doivent faire face à des chocs de plus en plus fréquents (sécheresses, inondations, vagues de chaleur, etc.) et leurs capacités d’adaptation et de financements sont limitées. Les travaux menés pour des acteurs financiers présentent ainsi le défi majeur de concilier des solutions d’adaptation locales avec des mécanismes permettant de passer à l’échelle, via des instruments financiers dédiés, adaptés au terrain.

Un cadre commun : 59 indicateurs mondiaux pour suivre les progrès

La COP30 adopte 59 indicateurs destinés à mesurer la progression collective et proposer un cadre de pilotage sur l’adaptation (résilience, préparation aux catastrophes, infrastructures, santé, etc) à plusieurs échelles : globales, régionales, nationales, locales. Six d’entre eux portent sur les écosystèmes et la biodiversité, avec une référence explicite aux océans et aux zones côtières. Ce cadre n’est pas prescriptif et ne crée aucune obligation financière, mais permet un suivi harmonisé des efforts.

Forêts tropicales : un levier stratégique porté par le Brésil

Le TFFF : une nouvelle logique d’investissement

Le président Lula a annoncé la création du  Tropical Forest Forever Facility (TFFF), un mécanisme conçu pour faire de la préservation des forêts tropicales une option économiquement attractive. L’objectif : mobiliser 125 milliards de dollars auprès de 53 pays. En premiers donateurs potentiels : l’Allemagne, la France, les Emirats arabes unis, la Norvège et le Royaume-Uni.

Pensé comme un mécanisme mondial permanent, ce mécanisme vise à rémunérer durablement les pays forestiers pour la conservation et la restauration de plus d’un milliard d’hectares de forêts tropicales. Le dispositif repose sur un modèle de « blended finance », une combinaison d’investissements publics et privés pour rendre finançables des projets qui ne le seraient pas par le seul marché. Ici, c’est un fonds d’investissement mixte de 125 milliards de dollars, qui combine capital de sponsors publics et privés et dette senior levée sur les marchés internationaux. Les revenus générés financent des paiements annuels fondés sur la performance, versés aux pays maintenant ou augmentant leur couvert forestier. A date, 34 pays ayant sur leur territoire une forêt tropicale sont concernés, incluant la République démocratique du Congo, l’Indonésie et la Chine. Les pertes de forêt sont pénalisées par des décotes strictes, tandis qu’au moins 20 % des financements doivent être dirigés vers les Peuples autochtones et communautés locales, reconnus comme acteurs centraux de la protection forestière.

Schéma présentant le fonctionnement du TFFF, note conceptuelle TFFF
 
L’océan : une nouvelle composante majeure des COP

Une reconnaissance formelle de l’océan dans les décisions de la COP

Dans les négociations de la COP 30, notamment dans les communications de la présidence brésilienne à travers d’initiatives comme le Global Multirao et les travaux techniques liés au UAE Framework for Global Climate Resilience, l’océan est de plus en plus reconnu pour son rôle clé dans la régulation du climat et la protection des zones côtières. Cette convergence souligne l’importance stratégique des écosystèmes marins pour la résilience des pays les plus exposés.

Le Blue NDC Challenge : intégrer l’océan dans les politiques nationales

Porté par le Brésil et la France, le Blue NDC Challenge encourage les États à intégrer dans leurs NDC (Contributions déterminées au niveau national) des mesures basées sur l’océan : restauration des mangroves, protection des récifs, infrastructures littorales résilientes, etc. L’initiative est soutenue par 17 pays, avec un appel à créer une task force opérationnelle pour accélérer sa mise en œuvre.

Finance bleue : des exemples concrets au pavillon Océans

Sur le pavillon Océans, l’Institut de la Finance Durable met en avant plusieurs initiatives françaises illustrant le passage de la finance bleue à l’opérationnel, par exemple : la Banque des Territoires propose un prêt GEMAPI de 3,5 M€ pour renforcer la résilience côtière dans le Pas-de-Calais, le Crédit Mutuel Arkéa met en avant le financement de projets de décarbonation du transport maritime incluant le transport à la voile et des infrastructures portuaires innovantes, et l’AFD présente des programmes de développement appuyés par des crédits carbone bleus sur des écosystèmes comme les mangroves et les herbiers de posidonies. Ainsi, l’océan n’est plus un sujet marginal, il devient un pilier du financement de l’adaptation.


La COP30 montre ainsi un changement de paradigme. L’adaptation devient centrale, les solutions fondées sur la nature s’imposent comme des réponses essentielles pour les pays du Sud, les forêts tropicales retrouvent une place stratégique dans les mécanismes de financement, et l’océan entre pour la première fois dans le cœur de la finance climat

Cependant, la réussite dépendra d’une condition : convertir les engagements en financements réels, capables de soutenir des solutions locales tout en permettant de les déployer à grande échelle.

Belém ouvre une voie, les prochaines années diront si elle peut devenir réalité.


Nicolas BERGOT, Consultant
Bérénice BOURGEOIS, Senior Consultante
Marcos LOPES, Senior Manager

Sources :

– Conservation International – COP30 Report on Outcomes Related to Nature-Based Solutions

– Tropical Forest Forever Facility – TFFF French Executive summary

– UNFCCC, Ocean conservancy – The Blue NDC Challenge

– UNEP – Adaptation Gap Report 2025

– UNFCC – Le Global Mutirao

– Intervention de l’Institut de la finance durable à la COP30

 

Articles LinkedIn de Marcos Lopes et Cédric Baecher :

Marcos Lopes – Passer à l’échelle sur la finance durable

Cédric Baecher – Les assureurs sont très présents, et ce n’est pas un hasard

 

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