La journée de la solidarité, 365 jours par an pour les collaborateurs des entreprises agissant en sa faveur

Célébrée le 20 décembre, la solidarité occupe une place centrale en France, mais qu’implique-t-elle réellement et quelle forme prend-elle au sein des entreprises ?

La solidarité, telle un devoir des Hommes de s’unir et se porter assistance réciproque, est une valeur fondamentale de notre société française. Notion complexe, la solidarité renvoie donc à deux acceptions complémentaires : la première est normative et correspond à la solidarité institutionnalisée et contraignante. La seconde est positive et place la solidarité comme une valeur éthique promouvant l’entraide entre nos semblables. Quasi synonyme du terme « fraternité » de notre devise, la solidarité est de facto une relation bienveillante entre deux individus. Sans solidarité, il n’y aurait pas de société humaine : elle permet l’harmonie, d’où l’importance qu’elle soit présente dans tous les cadres, y compris le travail.

Dans l’histoire de la pensée (philosophique, économique, anthropologique…), la solidarité, couplée à des notions d’altruisme, d’égalité, d’empathie, est présentée comme une pratique de gouvernance et de gestion des Hommes. Cette idée reflète l’origine des fondements latents du concept d’économie sociale et solidaire (ESS), émergeant et se consolidant en France depuis les années 2010. Encadrée juridiquement, l’ESS désigne un ensemble d’entreprises (sur le modèle de coopératives, mutuelles, associations ou fondations) pour lequel le principe de solidarité et d’utilité sociale guident le fonctionnement interne. Par ailleurs, dans cette même impulsion, de nombreuses entreprises cherchent à développer une solidarité en interne, et en font un fer de lance de leurs politiques. En effet, 78% des entreprises du CAC40 mentionnent la « solidarité » (ou bien l’adjectif « solidaire ») dans leurs rapports annuels et extra-financiers. L’occurrence de ces termes s’étend de 1 à 42 selon les entreprises, ce qui reflète l’importance croissante accordée à cette valeur.

Mais alors, comment s’articule la solidarité en entreprise ?

Celle-ci est au croisement entre une valeur portée collectivement par l’entreprise et ses collaborateurs, et individuellement par chacun de ces derniers. Dans ce contexte, le Baromètre de perception de la RSE en entreprise de 2020[1] du Mouvement des Entreprises de France, souligne le fait que 40 % des salariés pensent que leur entreprise a une « mission », c’est-à-dire qu’elle a un rôle à jouer dans la société au-delà des performances économiques. En outre, à horizon 3 ans, 79% des salariés d’une entreprise ayant un service RSE s’y projettent, contre 68 % dans celles qui n’en ont pas. Au lendemain de la pandémie, les Français aspirent dès lors à plus d’engagements et de valeurs incarnés par leurs missions. Les valeurs éthiques, sociales et solidaires sont donc bien au croisement entre une impulsion des entreprises et des attentes individuelles des collaborateurs. La solidarité collective en entreprise a pour fondement un intérêt personnel et devient ainsi transversale. Portée par les collaborateurs, elle participe au sentiment d’appartenance à la culture de l’entreprise : l’esprit de groupe, les activités de cohésion, le travail en équipe, l’entraide, le mentorat. Tous ces éléments impliquent la participation active des collaborateurs guidés, de manière individuelle, par la valeur de la solidarité.

Toutefois, dans un tel contexte, la bienveillance et les intentions solidaires de ces derniers ne suffisent pas : Forbes fait de la solidarité une « clé permettant de libérer le pouvoir de la diversité »[2]. Un lieu de travail devient dès lors un espace de défense des groupes marginalisés par ceux qui les composent ou non. L’entreprise se doit de nourrir ces valeurs en proposant de réelles politiques collectives de solidarité. C’est ainsi que les politiques d’inclusion et diversité émergent, amplement développées grâce à :

  • Diverses lois, notamment loi PACTE, loi Rixain, directives européennes,
  • Des ressources telles que les 17 ODD, la Charte de la diversité ou encore le Laboratoire de l’égalité
  • Des labels tels que Lucie, AFNOR, AFMD…

Les entreprises françaises s’engagent davantage à initier des politiques d’inclusion et diversité, issues de la notion même de solidarité. D’après une étude Workday, en 2022, 71% des entreprises françaises déclaraient y dédier un budget, et 25% envisageaient une hausse en 2023. Ces politiques inclusion et diversité veillent à ce que tous les groupes de la population (quels que soient le genre, l’origine, le handicap…) soient représentés de manière équilibrée dans une entreprise, à tous les niveaux hiérarchiques. La finalité de ces mesures est de permettre à tous d’être intégrés, valorisés et d’accéder aux mêmes opportunités de développement de carrière. Ici, la solidarité est perçue dans son acception positive où tous les Hommes se considèrent comme des semblables, sans discrimination. Par ailleurs, devenues règlementaires, ces pratiques attirent et fidélisent les collaborateurs, qui retrouvent leurs aspirations personnelles.

Les entreprises agissant en faveur de la société, une nouvelle dimension dans les comportements éthiques

En toute cohérence, ces entreprises peuvent s’engager au-delà de leurs propres structures devenant une entreprise solidaire de la société. Dès lors, mettre à la disposition des collaborateurs des ressources en faveur d’actions bénévoles et solidaires est un enjeu pour les entreprises. En effet, d’après le baromètre RSE 2022 publié par Vendredi[3], 77% des entreprises affirment avoir déjà mis en place des actions d’engagement sociétal ou de philanthropie. Celles-ci sont au croisement entre une réponse à une solidarité individuelle des collaborateurs, la promotion d’une solidarité collective portée par l’entreprise et une réelle stratégie de cette dernière (marque employeur). Se soucier des externalités négatives (impacts sociaux, environnementaux, éthiques) des activités commerciales a fortement densifié l’émergence des politiques RSE, au service de la solidarité. Ceci dit, progressivement, les entreprises ne se satisfont plus d’un simple respect des règlementations, ni des premiers principes de durabilité, elles cherchent désormais à être motrices du réel bien-être de la société, au-delà des collaborateurs internes.

Comment, concrètement, les entreprises peuvent-elles être solidaires de la société ? Ces dernières peuvent :

  • Soutenir financièrement des projets (associatifs, syndicaux, humanitaires…) via des dons directs ou des subventions de Fonds et Fondations, dans un domaine d’action ciblé.  Par exemple, la Fondation Carrefour agit en faveur de la transition alimentaire solidaire, la Fondation Société Générale accompagne les jeunes sur la thématique « Solidarité et Musique », et enfin, la Fondation Wavestone œuvre dans l’humanitaire auprès d’enfants souffrant de pauvreté et d’extrême dénuement. 
  • Proposer des dons en nature, comme Décathlon ayant fourni des produits de première nécessité pour l’ONG Solidarités International en Ukraine.
  • Développer des « produits partage », pour lesquels une partie des bénéfices sont reversés à une cause : Tupperware reverse ainsi 2 euros pour l’achat d’un set de 2 produits définis à l’association Ruban Rose.
  • Mettre en place du mécénat de compétences,: les collaborateurs d’une entreprise proposent leurs savoir-faire à des associations, ONG ou projets tel est le cas de Wavestone qui mobilise chaque année ses collaborateurs durant une journée dédiée au mécénat (Powerday).
  • Participer à des challenges pour lesquels les fonds sont également reversés à une cause : de nombreuses entreprises participent à des courses solidaires (Odyssea, Run For Planet, Course de la Jonquille…).

Enfin, certaines entreprises développent des politiques solidaires locales. En 2023, le retour au local apparaît comme un axe d’actions à exploiter pour les entreprises[4] dont les politiques RSE sont en développement permanent. L’insertion dans son territoire, via les collectivités territoriales ou les associations, devient un enjeu. Les entreprises développent des stratégies qui sont tant globales et l’internationales, qu’orientées vers le local. Dans ce contexte l’ancrage territorial peut prendre la forme d’actions solidaires, favorisant notamment un ascenseur social. A titre d’exemple, l’organisme Territoires Solidaires déploie un modèle contributif d’orientation et d’accompagnement des publics dans le besoin, engageant les entreprises dans les territoires où elles sont implantées. Cela fait notamment écho au « Projet sociétal » couplé à une volonté d’ancrage territorial du groupe Crédit Agricole. En effet, les filiales et Caisses Régionales du groupe soutiennent des actions de mécénat répondant aux besoins des territoires locaux. La Fondation Crédit Agricole Solidarité et Développement (CASD) a ainsi soutenu localement 90 projets en 2021 (environ 2,5 millions d’euros) dans les domaines de l’insertion sociale, économique et professionnelle. La CASD, via la Caisse régionale Anjou-Maine, a notamment contribué au projet d’Emeraude Solidaire proposant, au sein des cafés-restaurants Café Joyeux locaux, une formation adaptée à tous les équipiers en situation de handicap mental et cognitif.

La solidarité : une valeur portée par les entreprises et les collaborateurs pour ces derniers et tous les autres

En définitive, la solidarité en entreprise n’a de sens que lorsqu’elle est harmonieuse et complète. La cohérence de la mise en place d’actions solidaires – en interne et externe, pour et par l’entreprise, mais également au service de la société au sens large – est de fait, la condition sine qua none pour que toute entreprise soit réellement solidaire.

Marie CHAULIER
Consultante
Agnès DOISY
Senior Manager

 

[1] Baromètre de perception de la RSE en entreprise (medef.com)

[2] L’importance de la solidarité au travail | Workplace from Meta

[3] Baromètre de la RSE 2022 : les résultats de l’étude de référence ! (vendredi.cc)

[4] 10 tendances RSE à suivre pour les entreprises en 2023 (youmatter.world)

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